En lumière

Mieux accueillir les personnes LGBTQI+ issues de la migration – Le projet Equalcity

publié le 26 novembre 2021

Le projet Equalcity se termine. Ce projet, financé par le programme Droits, égalité et citoyenneté de l’Union européenne (2014-2020), s’est déroulé à Bruxelles à la RainbowHouse en collaboration avec Equal.Brussels. Il a été mené sous la coordination de l’OIM (L’Organisation internationale pour les migrations) Belgique et Luxembourg de novembre 2019 à novembre 2021. L’objectif du projet était de construire une boîte à outils (y compris du matériel de sensibilisation) pour soutenir les travailleur·euse·s de première ligne des services urbains existants dans la mise en place et la gestion d’espaces plus sûrs pour les personnes LGBTQI+ issues de l’immigration. ,

Equalcity, ce sont quatre boîtes à outils qui visent à améliorer l’accueil des personnes issues de la migration dans le contexte des violences sexuelles basées sur le genre dans l’Union Européenne. Quatre boîtes à outils sont créés pour quatre villes différentes :

  1. La boîte à outils de Bruxelles s’occupe de la mise en place et de la gestion d’espaces (plus) sûrs pour les personnes LGBTQI+ issues de la migration ;
  2. La boîte à outils du Luxembourg fournit une assistance aux femmes et aux filles migrantes qui risquent d’être victimes ou qui ont été victimes de VSBG (violences sexuelles basées sur le genre) ;
  3. La boîte à outils de Rome travaille à améliorer le bien-être des enfants migrant·e·s non-accompagné·e·s et de leurs travailleur·euse·s de première ligne. C’est un travail basé sur le pleine conscience ; 
  4. La boîte à outil de Gothenburg aide à lutter contre la violence fondée sur l’honneur dans les familles de migrant·e·s grâce à un dialogue interculturel et fondé sur les valeurs ;

Ces quatre boîtes seront disponibles en même temps sur le site https://belgium.iom.int/equalcity

L’objectif de la boîte LGBTQI+, est d’aider les services de première ligne à mieux accueillir les personnes LGBTQI+ issues de la migration en rendant leurs services plus safe

Pourquoi des espaces plus safe 

Nous savons que la majorité des cas de violences sexuelles et basées sur le genre dans les « communautés migrantes » ou perçues comme telles n’est pas signalée ni traitée. La mise en place d’espaces plus safe est un moyen efficace de faciliter l’accès aux services urbains pour les personnes LGBTQI+ issues de la migration et de les encourager à s’exprimer sans crainte de répercussions et de stigmatisation en leur donnant le sentiment d’être vues, entendues et respectées. C’est un bon moyen de donner aux gens les moyens de demander de l’aide et de faire confiance aux professionnels. De meilleures pratiques en matière d’accueil des utilisateurs de services peuvent faire la différence entre des personnes qui franchissent la porte ou qui évitent complètement un service, parfois avec des risques élevés. Il s’agit clairement d’un enjeu d’accès.

Il y a deux publics cibles dans ce projet.

  • Le public principal de cette boite à outil, celleux à qui elle s’adresse, sont les travailleur·euse·s de première ligne qui travaillent d’une manière ou d’une autre sur des sujets liés aux VSBG (Violences Sexuelles et Basées sur le Genre). Il est important de garder en tête que les violences qui visent spécifiquement les personnes LGBTQI+ sont par nature de caractère sexuel ou basées sur le genre. Ces travailleur·euse·s de première ligne peuvent être : des professionnel·le·s de santé (centres de planning familial, CPVS, les médecins de manière générale, …), des services sociaux (PMS, services communaux ou du logement, etc.), la police et autres services de secours, les personnes travaillant dans l’enseignement (profs, PMS, etc.), etc. Ce sont donc des personnes qui travaillent directement et indirectement avec des personnes LGBTQI+ issues de la migration qui pourraient être victimes de violences. 

Étant donné la diversité de ce public et le fait que ces gens qui travaillent sur le terrain ont souvent (trop) peu de temps et de moyens. La priorité dans ce projet a été mise sur l’accessibilité des outils. Ils sont donc conçus pour être consultables rapidement, être facilement compréhensibles et contenir un maximum de conseils très pratiques/pragmatiques 

  • Le public secondaire de la boîte à outils, celleux pour qui on veut rendre des espaces plus safe, sont les personnes LGBTQI+ issues de la migration ou plutôt celles qui sont perçues comme étant issues de la migration, les discriminations étant plus souvent basées sur des perceptions plutôt que des faits

Ce groupe est extrêmement large. 

Les personnes perçues comme étant issues de la migration forment un groupe hétérogène et vaste pouvant compter : 

  • Les personnes migrantes (celles qui sont en transit d’un point A à un point B),
  • Les demandeur·euse·s d’asile,
  • Les personnes réfugiées,
  • Les membres des diasporas,
  • Les personnes racisées et les autres personnes perçues comme étant des « migrant·e·s » parce que perçues comme n’étant « pas d’ici ».

Et, bien qu’on parle beaucoup de « LA communauté LGBTQI+ », il est important de bien se souvenir que l’arc-en-ciel est loin d’être homogène ! De fait, les personnes LGBTQI+ sont rassemblées sous ce sigle parce qu’elles ont une histoire similaire et des luttes qui se ressemblent. Cependant, le sigle cache une infinité d’expériences différentes. D’abord parce que personne ne rentre que dans une seule catégorie/une seule lettre. Tout le monde a une orientation sexuelle, (au moins) une identité et expression de genre et des caractéristiques sexuées même quand certaines de celles-ci sont hétéro, cis ou dyadique. Ce mélange crée déjà une grande diversité au sein de la communauté. Ajoutons à cela qu’en plus de ces caractéristiques viennent s’ajouter toutes nos autres réalités (handicap, racialisation, situation économique, …) nous pouvons conclure que le seul point commun universel de la communauté est de ne pas être quelque chose : ne pas être hétérosexuel•le, cisgenre et/ou dyadique.

Alors, comment proposer des conseils pragmatiques pour rendre nos espaces plus safe pour des gens ayant potentiellement des besoins diamétralement opposés ? 

D’abord en (re)définissant ce qu’est un espace safe. Les espaces qui se veulent safe comme ils sont souvent imaginés collectivement et sans définition précise souffrent de 3 problèmes principaux :

  1. Le syndrome de l’autocollant. On aime l’idée qu’annoncer un espace comme étant sûr/safe va le rendre automatiquement safe. Or mettre un autocollant « LGBTQI+ -friendly » sur la porte d’un endroit ne protège en rien de micro/macro agressions. Ces stickers et l’utilisation du mot safe à tout va ont tendance à mener à des promesses vides, à tel point que les personnes les plus vulnérables/multi-marginalisées ne font souvent plus confiance à de telles déclarations.
  2. Qui décide de ce qui est safe ? La majorité des espaces qui veulent se déclarer safe sont menés par des personnes qui ne sont, en partie ou en tout, pas concernées par les obstacles que rencontrent des personnes multi-marginalisées comme les personnes LGBTQI+ issues de la migration ce qui rend les mesures prises pas toujours efficaces ou même pertinentes par rapport à la réalité des publics. Par exemple, la vision générale de la communauté LGBTQI+ dans nos régions reste souvent très ethno/européo-centrée avec notamment une fascination et même une injonction pour le « coming-out » qui peut ne pas être pertinente pour des personnes issues de contextes différents
  3. De quels espaces parle-t-on ? Très souvent, les espaces safe sont pensés comme des espaces physiques. Or, les espaces safe ne sont pas nécessairement des lieux physiquement identifiés. Il s’agit plutôt d’un ensemble de pratiques qui peuvent être appliquées dans des conversations individuelles, au sein d’une organisation, pendant des activités de groupe, etc… Alternativement, il est fréquent de limiter leur pertinence aux espaces militants. Mais des services de première ligne tels que les cabinets médicaux ne se doivent-ils pas d’être safe ?

Attention : safe n’est pas synonyme de confortable et il est possible d’être mis au défi et même de rencontrer des désaccords de manière safe

Un espace safe est un espace :

– acceptant et respectueux des identités de chacun·e·s,

– dans lequel on peut partager des informations sur soi-même sans craindre de répercussion négative.

– qui remet en question les normes sociales et les préjugés, même sous la forme de microagressions.

– dans lequel les personnes se sentent assez en sécurité physiquement, psychologiquement et émotionnellement pour prendre des risques, exprimer et explorer leurs points de vue, identités, attitudes et comportements.

On parlera même d’espace (plus) safe car il est clair qu’il est impossible de garantir un espace 100% safe, 100% du temps. Tout d’abord parce que, comme il a déjà été mentionné, l’espace à moins à voir avec le lieu qu’avec les interactions qui y prennent place et donc avec les personnes qui s’y trouvent, ce qui change régulièrement. Mais aussi parce que ces personnes sont humaines et qu’il n’y a rien de plus humain que de commettre des erreurs. Parfois on se trompe, les choses ne se déroulent pas comme on l’aimerait et ce même avec les meilleures intentions du monde. 

Cette vision des espaces safe est issue des théories et pratiques féministes noires notamment américaines. Dans ce contexte, les espaces safe sont vus comme un outil de justice sociale et de déconstruction des déséquilibres de pouvoir, y compris le déséquilibre entre ceux qui sont perçus comme des aidants et ceux qui sont perçus comme ayant besoin d’aide.

Pour que les conseils contenus dans cette boîte à outils soient aussi pertinents que possible malgré la grande diversité des publics visés (les travailleur•euse•s de première ligne et les personnes LGBTQIA+ issues de la migration), nous avons choisi de nous focaliser sur trois principes clés qui servent de fil rouge :

  1. L’Introspection : observer et remettre en question ses propre comportement et attitudes ;
  2. L’Auto-responsabilisation : rester responsable de ses choix et de ses actions, ainsi que de leurs conséquences. S’engager à rester conscient de ses angles morts et à remettre en question ses habitudes et son positionnement.
  3. La responsabilité partagée : plutôt que de placer la responsabilité du maintien des espaces safe sur une personne référente, il est encouragé à rendre chacun•e légitime sur le sujet et d’en faire la mission de toustes individuellement et collectivement.

Dans la boite à outil ; l’accent est mis sur 3 éléments fondamentaux des espaces safe :

  1. Le fait de travailler à développer et nourrir un sentiment d’appartenance pour les personnes qui entrent dans ces espaces. Ce sentiment d’appartenance ou le sentiment général d’être « à sa place », accepté, valorisé et inclus est essentiel pour se sentir en sécurité.
  2. Une attention particulière accordée à l’autonomie/l’empouvoirement des publics. Cette autonomie se traduit par la possibilité de faire des choix informés de manière autodéterminée dans une démarche de consentement éclairé permanent Cet aspect crucial est particulièrement pertinent à souligner dans le cas des personnes en demande d’asile qui sont souvent bloquées pendant de longs mois dans l’attente de rendez-vous et de nouvelles sans aucune marge d’action possible, avec des impacts non négligeables sur la santé psychologique, émotionnelle et physique. Avoir la possibilité de faire des choix peut dès lors avoir un impact immense. 
  3. Une application sans faille du respect inconditionnel. Il s’agit de penser en terme d’acceptation plutôt que de tolérance et de reconnaître en permanence l’intégrité, l’autonomie et l’expertise de l’autre particulièrement en ce qui concerne son propre vécu. Cela peut sembler évident et simpliste mais peut s’avérer difficile particulièrement dans des contextes interculturels, surtout si l’on tient compte des effets durables du colonialisme et de la perception des peuples dits « du Sud » comme devant être sauvés. La difficulté principale résidant dans le fait de s’abstenir de prendre des décisions « à la place de » ou de partir du principe que l’on sait ce qui est bon pour l’autre. 

La boîte à outil sera disponible (novembre) gratuitement en anglais, français, néerlandais et portugais sur le site https://belgium.iom.int/equalcity et contient quatre documents principaux : 

  • Une introduction générale ;
  • Des guidelines pour les gestionnaires de services de première ligne ;
  • Un manuel de l’utilisateur·ice pour les travailleur·euse·s de première ligne ;
  • Un manuel de formation.

Le tout est accompagné d’un guide pour les villes/autorités locales ainsi que d’une campagne de sensibilisation avec des posters/flyers et les vidéos que vous pouvez voir (ci-dessous ou en suivant tel lien)

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publié le 3 mai 2017