En lumière

Supernova

publié le 18 août 2021

Vous savez ce qu’est une supernova? C’est un phénomène qui résulte de l’implosion d’une étoile. Au moment de disparaître, elle produit une lumière intense et alors ce qui semble être le signe d’une naissance est en réalité un chant du cygne astral. C’est avec ce titre poétique, que l’acteur britannique Harry MCqueen (Hinterland, 2015) signe son deuxième film comme réalisateur.

Sam (Colin Firth) et Tusker (Stanley Tucci) sont en couple depuis vingt ans. Ils entament un voyage à travers l’Angleterre, escapade dont la destination finale est une réunion de famille dans une maison en bord de lac. Le voyage est l’occasion pour les deux hommes de s’ouvrir l’un à l’autre et de se confronter à la démence précoce de Tusker.

Supernova est un roadtrip movie qu’on regarderait bien installé.e.s avec un plaid. Les images bucoliques de la campagne anglaise grise et brumeuse, sont à elles seules, une invitation à la fuite, ne fut-ce qu’en rêverie. C’est un film délicat qui traite avec pudeur et authenticité de la démence. C’est bien la maladie qui au coeur du film, la façon dont chacun l’appréhende, stoïque ou révolté; la manière dont elle change la dynamique d’une famille et l’impact qu’elle a sur son quotidien mais aussi ce qu’elle touche de plus profond chez nous, de peur et d’impuissance face à l’immuabilité de nos limites. MCqueen filme l’existence et la manière dont la maladie dégénérative l’érode et s’immisce petit à petit, se révèle dans les banalités du quotidien. C’est dans cette banalité-même qui cristallise tout le potentiel émotionnel du film, puisqu’on mesure dans les petits gestes, toute la dimension de la démence. La maîtrise et la force de MCqueen est de montrer, sans voyeurisme; d’avoir su éviter de capitaliser sur une surdose de drame superficiel. Il sait filmer dans les choses, leur nature  tragique sans qu’il n’y ait besoin de l’inventer ou de l’accentuer. Les transitions constantes entre grands plans où l’on scrute les profondeurs humaines et plans d’ensemble, où l’on souligne leur contingence ont aussi une portée symbolique.

Ce qu’on a le plus aimé avec cette oeuvre c’est également la manière dont elle ne fait plus de l’homosexualité un sujet. Beaucoup de films grand public ou plus intimistes ont jusqu’à récemment eu cette tendance de ne se baser que sur l’homosexualité des personnages, effçant toutes les autres dimensions de ceux-ci. Peut-être que l’ère de la “normalisation”  a enfin sonné, celle où ce n’est plus nécessairement politique de faire un film gay. Faut-il se réjouir de la “banalisation” de l’homosexualité, en tout cas au cinéma? Toutefois, le chemin est encore long pour tous les autres membres de la communauté LGBTQIA+ jouissent d’une telle visibilité, dépourvu de leur aura mystique ou étrange. La visibilité est le premier pas vers les droits qui ne sont pas encore acquis pour toutes les personnes LGBTQIA+, davantage lorsqu’elles sont racisées et/ou précarisées.

 

Raïssa pour la RainbowHouse

 

Trailer: https://www.youtube.com/watch?v=GEmzbiYg7wg
Infos : https://www.cineart.be/fr/films/supernova
Cinémas : https://www.cinenews.be/fr/films/supernova/seances/

 

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